L’Yonne libérée en août 1944

La libération des villes icaunaises en août 1944 est essentiellement marquée par de rudes combats entre les groupes de résistants et l’occupant allemand battant en retraite. Des événements qui ont fait l’objet de recherches approfondies de la part des historiens de l’Association pour la recherche sur l’Occupation et la Résistance dans l’Yonne. Morceaux choisis.

À l’église Notre-Dame de Tonnerre, une plaque rend hommage aux sept enfants et deux adultes tués lors du bombardement du 25 mai 1944. © Marc Charasson

 

Du 16 au 29 août 1944, les libérations des principales villes de l’Yonne se succèdent. Le 16, c’est Aillant-sur-Tholon qui est la première à connaître ce moment d’euphorie, “bien que le danger soit toujours présent dans le canton du fait de l’errance de nombreux soldats allemands”, est-il précisé dans l’ouvrage de l’Association pour la recherche sur l’Occupation et la Résistance dans l’Yonne (Arory), Un département dans la guerre (1939-1945).

L’ennemi abandonne Avallon le 19 août

Lors de l’été 1944, la libération représente un enjeu de taille, dans un secteur où les troupes anglo-américaines n’ont jamais opéré. Depuis le 10 août 1944, des raids ont été lancés contre l’occupant. “Certains membres du comité local clandestin de résistance redoutent que la libération de la ville ne soit très meurtrière”. L’un d’eux, Étienne Houroux, “contacte, de sa propre initiative, le 18 août, le commandant allemand pour tenter de négocier la reddition de ses troupes”. Le 19 août, au matin, les hommes de “Verneuil” entrent dans la ville sans combattre, les Allemands l’ayant évacuée durant la nuit. Jusqu’au 25 août, de violents combats pour la défense d’Avallon opposent maquisards et soldats de la Wehrmacht.

Entrée des troupes du régiment Verneuil dans le centre-ville d’Avallon le 19 août 1944 (Photo Arory)

 

Un épisode tragique va marquer les esprits : la mort de sept gendarmes, le 24 août 1944, tombés sous les balles d’une colonne blindée allemande qui battait en retraite depuis Clamecy. Dans un recueil paru en 1945, le colonel Lélu, alors président du comité d’Avallon de l’association nationale du Souvenir français, raconte que “la section de reconnaissance commandée par le lieutenant Henri Villatoux et composée des sous-­brigadiers Clerc, Perret, Mollier, Soutif, Louap ainsi que du chef de brigade Jolivot […] est tombée nez à nez avec une automitrailleuse allemande sur la route de Pontaubert […] Elle s’est fait fusiller à courte distance, sans possibilité de repli.” Le document précise que “l’ennemi leur prit leurs mousquetons, leurs pistolets, leurs équipements, et les dépouilla, prenant jusqu’à leur montre et leur portefeuille.” La section fut retrouvée le lendemain, dans le fossé, les corps inanimés, face contre terre.

Sens, libérée le 21 août par la IIIe Armée US

Le 21 août 1944, un lundi, la ville de Sens est libérée de l’occupation allemande. Dans un entretien accordé en 2018 à l’Yonne républicaine, Joël Drogland, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale au sein de l’Arory, a expliqué la singularité de cette libération par rapport au reste du département. “Sens est la seule ville à être située sur l’itinéraire de la IIIe Armée américaine et à avoir été libérée par elle. L’événement fut très rapide. Il n’y eut que quelques combats assez brefs et localisés. Ils n’ont duré que le temps d’un après-midi.”

Libération de Sens, 21 août 1944, par les troupes de la IIIe Armée US (Photo Joël Drogland (Arory)

 

L’effet de surprise avait prévalu du côté allemand comme de la population. “Partie le matin de Fay-aux-Loges, à l’est d’Orléans, l’armée américaine a contourné Montargis, ce que les Allemands ne savaient pas. Ils pensaient qu’elle n’avait pas encore franchi cette ville. La population, elle, était sous occupation depuis déjà quatre ans, et il régnait encore un vrai climat de guerre : les jours précédents, il y avait eu des morts et des représailles. Par exemple, le 17 août, à Voisines, le maire et l’instituteur avaient été pris en otage par les Allemands et fusillés. Rien ne laissait présager que ça allait changer”, note l’historien.

Le 22 août, Joigny libérée sans combat

Un fait symbolique marque la libération de Joigny : l’acte de bravoure du résistant Gabriel Lancelot. Membre du groupe Bayard, ce dernier a, dès le matin du 23 août 1944, hissé au sommet de l’église Saint-Jean un drapeau tricolore. Démarche à hauts risques puisque, le matin même, une colonne allemande de 300 hommes qui battait en retraite s’apprêtait à traverser Joigny. Mais elle est finalement détruite par le groupe Bayard entre Béon et Joigny.

Ce qu’il faut surtout retenir de cet épisode, c’est que Joigny a été repris, sans combat, par deux compagnies du groupe Bayard. Installé dans la caserne Davout, ce dernier, rejoint par le réseau Jean-Marie Placée, va participer à la libération des communes voisines.

Saint-Florentin, détruite par les bombardements alliés, avant le départ des Allemands, le 23 août

Au cours des deux semaines qui précèdent sa libération, Saint-Florentin et ses habitants ont vécu, jour et nuit, au rythme des sirènes avertissant du passage des bombardiers alliés. Les bombardements des 3, 10 et 11 août 1944, tuent vingt-quatre civils. Les cibles sont la gare de Saint-Florentin-Vergigny, les usines de la zone industrielle, le pont sur l’Armançon et la prairie entre le canal et la rivière. Celui du 11 août se solde par de lourdes pertes humaines, détruisant cette fois la place des Fontaines, l’école des filles de la rue Betbéder et une large partie du centre-ville.

Les Allemands ont quitté les lieux, en ayant pris soin de faire sauter la station de relais téléphonique, et de mettre le feu à un parc du Génie et à un train transportant du carburant.

“Le 18 août, le camp de Jaulges saute. Le 19, c’est le tour de celui de Varennes. Et le 21 de celui de Chemilly […] Le 22, les Américains sont annoncés partout, à Villeneuve-l’Archevêque et à Chailley. C’est en début de soirée, le 23 août, que les premiers éléments FFI s’introduisent dans la ville par la rue Betbéder. Un second groupe entre par la rue de la Poste. Les Allemands ont quitté les lieux, en ayant pris soin de “faire sauter la station de relais téléphonique, et de mettre le feu à un parc du Génie et à un train transportant du carburant”.

Le 24, deux voitures américaines sont aperçues faisant le tour de la place Dilo. En marge de cette libération, du côté de Champlandry, un convoi allemand est repéré et attaqué par une quinzaine de résistants. Attaque au cours de laquelle deux des leur sont tués : Claude Simmonot et Max Pautrat.

Le combat de Bléneau, le 23 août

Avant que les premiers soldats américains ne traversent Bléneau libéré, le 25 août 1944 selon l’Arory, s’est jouée une terrible bataille entre les groupes de résistants et les troupes allemandes dans le village poyaudin. “Le premier accrochage intervient le 23 août entre une section du Maquis 1 du Service national maquis et un convoi allemand sur la route de Saint-Privé”, détaille l’Arory dans son ouvrage (lire ci-dessus). La fusillade fait un mort et un blessé côté Allemands, les poussant à revenir à Bléneau où ils rejoignent un autre détachement.

À Bléneau, Le lieutenant Travers est tué dès le début du combat, en essayant d’obtenir la reddition des assiégés allemands

Dans le bourg, les soldats allemands sont pris à partie par un autre groupe du “Maquis 1” commandé par le lieutenant Travers. Une nouvelle fusillade s’engage, “intense”, obligeant l’occupant à se réfugier à l’intérieur de l’auberge du mail. “Le lieutenant Travers est tué dès le début du combat, en essayant d’obtenir la reddition des assiégés”, notent encore les historiens de l’Arory. Les échanges de tirs vont durer plusieurs heures. Une partie des soldats allemands va finir par se rendre. “Les blessés sont confiés au docteur Tripier.”

Le lendemain, “une imposante colonne allemande, armée de canons, réinvestit le village et fait craindre le pire à ses habitants”. L’intervention des soldats allemands soignés la veille, plaidant en leur faveur, a permis d’éviter les représailles. Bilan de la bataille de Bléneau : “Quatre morts, onze blessés et une cinquantaine de prisonniers ennemis”.

Auxerre, le 24 :  une libération marquée par des exécutions

C’est au nord d’Auxerre que s’amorcent la libération de la ville préfecture. Des combattants du groupe de résistance jovinienne Bayard et quelques membres du groupe anglais Jean-Marie Buckmaster reçoivent l’ordre d’attaquer le dépôt d’essence de Monéteau, détenu par les Allemands. Trois officiers ennemis sont tués, “dont le colonel Otto Schrader, commandant les forces allemandes à Auxerre”, rapportent les historiens de l’Arory.

À Auxerre, les habitants envahissent les rues pour célébrer le départ des troupes allemandes (photo Arory).

 

Cette défaite va précipiter le départ de l’occupant, le jour même. Le 24 août, “des résistants du Maquis 3, du service maquisards implanté en Puisaye, pénètrent dans Auxerre, dirigés par Raymond Thomasset. Ils entrent dans la ville par la rue de l’Arquebuse, à 13 h 30, et constatent que les Allemands ont bien quitté la ville.”

Si les Auxerrois commencent à laisser éclater leur joie dans les rues, saluant les résistants icaunais, puis les soldats américains, les chefs locaux des Forces françaises de l’intérieur (FFI) concentrent leurs efforts sur la sécurisation de la ville : des convois allemands sillonnent encore le département et représentent toujours un danger. En témoigne, le soir du 24, l’attaque surprise intervenue au sud-est de la ville : “Au carrefour de la route de Chablis et d’Avallon, un convoi allemand s’est fait passer pour un convoi de résistants. Deux résistants sont tués et un autre, Martial Lebois, est fait prisonnier. Il sera retrouvé le lendemain, pendu à un arbre, à Semur-en-Auxois.”

En réponse, “le commandant Adrien Sadoul, chef des FFI, ordonne l’exécution de 20 soldats allemands faits prisonniers plus tôt dans la journée. Ils sont fusillés dans la nuit du 24 au 25 août. La résistance prend alors le contrôle de la ville.”

Tonnerre, du 25 au 29 août : libérée, puis reprise

“Tonnerre est la seule ville de l’Yonne à avoir été libérée, puis réinvestie par l’occupant, expliquent les historiens de l’Arory. Le résultat d’interminables combats du 25 au 29 août avec la mort de cinq résistants et cinq civils.” Mais aussi de dissensions entre groupes de résistants.

Les Tonnerrois, qui avaient déjà payé un lourd tribut lors du bombardement du 25 mai 1944 (sept enfants et deux adultes tués), ont dû subir des ultimes représailles allemandes avant d’être libérés.

Dans l’après-midi du 25 août, les Américains entrent dans la ville désertée par les Allemands. Le lendemain, un groupe d’Allemands est signalé sur la route de Montbard et tenu à bonne distance lors de combats à la Grange Aubert jusqu’au milieu de l’après-midi. Ils finissent cependant par revenir à Tonnerre. En représailles, ils lancent des grenades incendiaires. 72 foyers d’incendie sont allumés, détruisant plusieurs maisons de la rue Saint-Pierre. Ils prennent également en otage 200 civils et les retiennent dans une carrière proche, avant de les relâcher dans la soirée et de quitter Tonnerre. “Le 28 août au matin, les FFI reprenaient le contrôle de la ville aux côtés de blindés américains”.

Yonne Républicaine Publié le 23/08/2021 à 12h30

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