C’est la poésie qui sauvera le monde

Par Vincent G. in Médiapart

Réflexions croisées sur les oeuvres de Jean pierre Siméon « La poésie sauvera le monde » et de Corinne Morel Darleux « Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce: réflexions sur l’effondrement ».

Notre société déborde de trop-plein, obscène et obèse, sous le regard de ceux qui crèvent de faim. Elle est en train de s’effondrer sous son propre poids. Elle croule sous les tonnes de plaisirs manufacturés, les conteneurs chargés à ras bord, la lourde indifférence de foules télévisées et le béton des monuments aux morts. Et les derricks continuent à pomper, les banques à investir dans le pétrole, le gaz, le charbon. Le capital continue à chercher davantage de rentabilité.
Depuis des temps immémoriaux, dans toutes les civilisations, dans toutes les cultures, orales ou écrites, il y eut des poètes au sein de la cité. Ils ont toujours fait entendre le diapason de la conscience humaine rendue à sa liberté insolvable, à son audace, à son exigence la plus haute. Quand on n’entend plus ce diapason, c’est bien la cacophonie qui règne, intellectuelle, spirituelle et morale : le symptôme d’un abandon, d’une lâcheté et bientôt d’une défaite.

En 2015, Jean-Pierre Siméon, poète et dramaturge français sortait un livre joliment intitulé “La poésie sauvera le monde”.

Il y a 5 ans, cette affirmation paraissait déjà déplacée. En quoi la poésie peut elle servir à quoi que ce soit?

Si quelque chose sauvera le monde, ce sera surement la science, l’intelligence artificielle, la 5G, internet, les startup, l’argent, non ? Voilà des choses concrètes, disruptives, qui vont bousculer les choses et nous propulser dans le futur ! Que peuvent bien peser quelques mots griffonnés sur un papier face à l’avalanche technologique, face à l’assurance froide de l’ingénierie, face à l’efficacité prouvée des algorithmes qui ne se trompent jamais ?

Sauver le monde, c’est une affaire de gens sérieux, avec des costumes gris et le nez dans leurs statistiques et bilans comptables. La culture, la beauté, la joie ce ne sont que des inquantifiables, des trucs inutiles. Ce qui compte, c’est de savoir combien de mails tu peux traiter en un jour, combien de boulons tu peux serrer, combien de lignes de code tu peux pisser, combien de réunions tu peux enchainer.

Et pourtant, impossible de se départir du sentiment que c’est précisément la technique, l’innovation, cette volonté folle d’avancer quoiqu’il en coute (sans trop savoir où on va), qui envoie le monde droit dans le mur.

 

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